Solidarité avec les 24 grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles !

Crédit photo : louisexlouise

Onet, Campanille, Park Hyatt Vendôme… les grèves dans le secteurs de l’hôtellerie et du nettoyage continuent de se multiplier. Depuis le 17 juillet, c’est à l’hôtel Ibis Batignolles, dans le 17ème arrondissement, que dure une grève pour l’amélioration des conditions de travail, malgré la direction qui fait toujours sourde oreille. Nous nous sommes rendu·e·s sur place.à plusieurs reprises pour apporter notre soutien aux grévistes. Retour sur ces plus de deux mois et demi de conflit, et les raisons pour lesquelles il s’agit d’une bataille importante, avec de forts enjeux féministes et antiracistes.

Les grévistes (23 femmes, 1 homme), essentiellement des femmes de chambre, sont en grève pour exiger de meilleures conditions de travail. Elles ont de nombreuses revendications :

  • sur l’organisation du travail : la baisse des cadences, le changement des modalités de contrôle du travail effectué
  • le versement de primes pour certaines tâches particulièrement difficiles, des aides pour le transport, une indemnité nourriture
  • sur le comportement de la hiérarchie : stop au harcèlement, justice pour une collègue violée par l’ex-directeur de l’hôtel
  • sur leurs droits syndicaux : exigence d’élections de délégués de proximité
  • et sur leur statut de travailleuse : transformation de tous les CDD en CDI, et surtout, la grosse revendication : l’internalisation dans l’hôtelier

C’est quoi l’internalisation ?

Pour le moment, les femmes de chambre sont embauchées par la société STN et non par l’hôtel Ibis, bien qu’elles travaillent tous les jours à l’hôtel Ibis. 

Pourquoi ? Car ça permet à l’hôtel de faire du dumping social : les salarié·e·s de la sous-traitance ont un statut beaucoup moins favorable que les salarié·e·s de l’hôtel. De plus, l’hôtel et la société de sous-traitance se renvoient la balle sur l’organisation et les conditions de travail : ça leur permet au final de maintenir des cadences infernales et même de faire du travail dissimulé, voire de les faire bosser gratuitement. 

C’est pourquoi le conflit est long : Ibis ne veut pas internaliser les femmes de chambre. 

Chacun se déresponsabilise : 

  • STN dit : « on ne peut rien faire, on est lié à un contrat commercial avec ACCOR» (ACCOR est le groupe qui possède les hôtels Ibis) 
  • ACCOR dit : « on n’y peut rien elles ne sont pas salariées de l’hôtel ». 

Mais la CGT HPE qui aide et soutient les grévistes est habituée : les capitalistes font ça à chaque grève où il est question d’internalisation.

Un conflit particulièrement dur

Il faut donc maintenir le rapport de force, c’est un bras de fer avec la direction. 

C’est pour ça que les grévistes sont sur leur piquet, devant l’hôtel et qu’elles font du bruit. 

Elles font du bruit pour rappeler qu’elles sont là, qu’elles ne lâcheront pas ! Et pour perturber le fonctionnement normal de l’hôtel : la direction continue à faire du profit et les ignorent totalement, alors qu’un hôtel ça tourne grâce à leur travail ! 

Alors tous les jours elles chantent, elles dansent, crient des slogans, tapent sur des bouteilles, des casseroles, sifflent, bref, rappellent qu’elles existent et que sans elles, aucun hôtel ne peut tourner ! 

La direction fait semblant  de ne pas être dérangée par le bruit, mais bien sûr  qu’elle ne le supporte pas ! 

Certains clients le font bien savoir… Ils ne réagissent pas tou·te·s de la même manière : certain·e·s témoignent leur soutien à la grève, parfois donnent à la caisse ou interpellent la direction, d’autres, beaucoup plus rares, sont bien moins sympathiques : un client a par exemple frappé une gréviste, d’autres ont jeté des choses depuis leur fenêtre sur les grévistes (de l’eau et des cailloux…). Raison de plus pour qu’on fasse savoir qu’on soutient leur grève ! 

#JeBoycotteACCOR

Les grévistes et leurs soutiens sont aussi engagées dans d’autres actions pour faire plier le groupe. Elles ont lancé une campagne de boycott du groupe ACCOR, et organisent aussi une a deux fois par semaine un envahissement d’un autre hôtel parisien du groupe. Cela leur permet d’augmenter l’impact de leur grève sur les profits du groupe ACCOR et d’augmenter leur rapport de force dans cette bataille qui est très dure.

Rapports de genre et de race au travail

Rappel que dans cette grève, tou·te·s les salarié.e.s sont racisé.e.s. Pourquoi ? Parce qu’on vit dans une société :

– capitaliste : où les travailleur·ses sont exploité·e·s 

– sexiste : où les femmes se tapent en gros tout le travail domestique non rémunéré, sont bien moins payées et reconnues au boulot, sont dirigées vers des emplois de soin aux autres 

– raciste : où les personnes non blanches sont celles à qui on relègue les emplois les plus difficiles – physiquement comme moralement – et les moins bien payés, sur les statuts les plus précaires. 

Souvent les hommes racisés bossent dans le BTP et la restauration, secteurs dangereux pour la santé, épuisants, mal payés, avec des statuts pourris (intérimaires, CDD à répétition etc.) et les femmes racisées occupent les emplois les moins payés et les moins reconnus du travail reproductif (femmes de chambre et de ménage, aide-soignantes, garde d’enfants et de personnes âgées etc.).

Le racisme et le sexisme aident à l’organisation de la précarité, ils la rendent structurelle, inhérente au système capitaliste. Les femmes et les racisé·e·s, en tant que groupe social, sont des fractions de travailleur·ses sur-exploité·e·s : baisse des salaires, cadences infernales, statut pourri, conditions de travail super difficiles… Aussi, on leur délègue le travail dit « reproductif », ce travail qui permet aux êtres humains d’exister avec une santé psychologique et physique acceptable. Et ce travail, ou on ne le rémunère pas du tout (tout le travail domestique effectué gratuitement), ou on le sous-paie. La précarité, ça s’organise, et pour cela, les capitalistes utilisent sans pitié le racisme et le sexisme.

Le gouvernement français n’a aucun scrupule à recourir à une rhétorique raciste et anti-immigration à longueur de journée, prétextant par exemple qu’ « il n’est pas possible d’accueillir tout le monde ». Pourtant, loin d’accueillir les immigré·e·s, il n’a aucun scrupule non plus en réalité à favoriser l’exploitation sans vergogne de ces travailleur·ses immigré·e·s et descendant·e·s d’immigré·e·s ! Ces travailleur·ses participent à la production de la richesse dans ce pays et avec une contrepartie très faible : faible salaire, travail difficile, parfois ils et elles n’ont même pas droit à des papiers, sans compter le racisme subit quotidiennement.  

Comme le dit la CGT HPE « Cette grève  est une bataille pour la dignité humaine, contre un système d’exploitation capitaliste, raciste et sexiste mis en place par le groupe ACCOR à l’hôtel Ibis, qui transforme les corps des salarié·e·s en machine de travail, humiliées et méprisé·e·s au point où l’ancien Directeur de l’hôtel a violé en femme de chambre dans l’hôtel se croyant ainsi tout permis ».

Alors comment faire pour soutenir la grève ? 

1) déjà la faire connaître largement, partager les posts et articles qui en parlent.

2) faire circuler la caisse de grève en ligne et organiser une collecte d’argent sur ses lieux d’études et de travail, dans la rue, partout où c’est possible.

3) faire une vidéo de soutien à la grève et au boycott des hôtels du groupe ACCOR, par exemple avec des militant·es de votre syndicat, votre groupe féministe, antiraciste, votre organisation, votre quartier etc.

4) si on bosse dans un endroit où on réserve souvent des hôtels, voir ce qu’il est possible de faire pour boycotter les hôtels du groupe ACCOR jusqu’à satisfaction des revendications des grévistes.

5) venir sur le piquet de grève si on peut, qui se tient du lundi au vendredi, 8h30-17h au 10 rue Bernard Buffet dans le 17ème à Paris et ne pas hésiter à rejoindre le comité de soutien.

Enfin, pour finir, un mot sur une autre grève qui a démarrée le 1er octobre. Il s’agit de personnes sans-papiers qui se sont coordonnés et se sont mis en grève simultanément sur 12 lieux de travail différents : hôtellerie, bâtiment, restauration etc. et qui portent des revendications sur leurs conditions de travail et leur droit à des papiers ! L’idée est que tout le monde est solidaire, et que les 12 piquets de grève s’arrêteront quand les revendications de tout le monde seront satisfaites ! La CGT annonce déjà de nombreuses victoires sur les différents lieux concernés. 

Vive la lutte, et vive la solidarité anti-sexiste et anti-raciste contre ce monde capitaliste !

Lien de la caisse de grève : https://www.lepotsolidaire.fr/pot/0oz7r5n8

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