Frotter frotter : il faut payer – Une soirée pour les grévistes de l’hôtel Ibis

À la veille d’une journée de grève qu’on espère historique, nous voulons revenir sur la soirée de soutien aux grévistes d’Ibis qui a eu lieu le 22 novembre dernier.

Cette réforme des retraites contre laquelle on rentre en grève demain – catastrophique de façon générale – va  particulièrement toucher les femmes et minorités de genre : par le nouveau système de calcul qui pénalise les personnes en temps partiel et ayant des carrières discontinues, par la modification des mécanismes de compensation quand on a des enfants et par la baisse de la pension de réversion (pour une analyse plus approfondie, voir l’excellente BD d’Emma « C’est quand qu’on arrête ?« ). Les personnes ayant enchainé des boulots aux petits salaires seront aussi fortement impactées puisque désormais le calcul prendra en compte l’ensemble de la carrière et non plus les meilleures années.

Les travailleuses comme les grévistes actuelles d’Ibis font ainsi partie des personnes qui seront le plus touchées par cette réforme. Une vie d’exploitation au travail, une vie rythmée par le racisme et le sexisme et une vie de misère à la retraite. Voilà le projet de société de Macron, tout ça pour qu’une poignée de nantis continuent toujours plus d’accroitre leur fortune sur le dos de la planète et de ceux et celles qu’ils exploitent. Comment gober une seule seconde ces histoires de réforme qui lutterait contre les privilèges des cheminot·e·s qui triment en 3/8 pour 1200 balles par mois quand la fortune d’un Bernard Arnault devenu l’homme le plus riche du monde atteint plus de 100 milliards de dollars ?!!

 Cette soirée de soutien, on l’a organisé pour :   

– alimenter la caisse de grève d’une lutte de travailleuses qui ont besoin de notre soutien pour gagner leur combat contre le groupe ACCOR, propriétaire des hôtels Ibis, et le groupe de sous-traitance STN qui emploie les grévistes ;   

– rendre honneur à la lutte des grévistes, pour les écouter, les applaudir et apprendre de leur combat ;   

– crier haut et fort à nos camarades syndicalistes et militant·e·s qu’il est plus que temps de prendre en compte les dimensions sexistes et racistes dans les luttes au travail : le système capitaliste est aussi raciste et sexiste, notre offensive anticapitaliste doit aussi l’être.   

– soutenir nos camarades syndicalistes de la CGT HPE qui donnent toute leur énergie dans cette bataille. Big up à Tiziri et Claude !

On espère et on luttera pour que cette grève du 5 décembre soit puissante, profonde et qu’elle répare les fractures du passé, contre les capitalistes mais aussi dans notre propre camp social : tou·te·s ensemble mais sans ne rien abandonner de nos combats respectifs !


Petit retour en texte, images et vidéos pour celles et ceux qui n’étaient pas à la soirée     

C’était donc le vendredi 22 novembre au soir à Paris 8, et c’était organisé en collaboration avec la CGT-HPE et avec le soutien du LEGS (laboratoire d’études de genre et de sexualité du CNRS). La soirée a permis de récolter plus de 1200 euros pour la caisse de grève – que vous pouvez continuer d’alimenter ici

Pour continuer de soutenir les grévistes, vous pouvez aller sur le piquet de grève, et participer à la campagne#JeBoycotteAccor ! 

Nous avons également mis en vente l’affiche de la soirée, ainsi que des badges militants. Faites un tour sur la page de notre boutique pour les acheter, tous les bénéfices sont reversés aux grévistes ! 

Nous tenons à remercier vivement toutes les personnes qui ont participé à faire de cette soirée un tel succès !!!
D’abord, les 150 personnes qui ont assisté à l’évènement et qui ont manifesté leur soutien aux grévistes !  Ensuite, les personnes qui sont intervenues durant la première partie de la soirée, qui a consisté en une conférence-débat autour des luttes des femmes de chambre et contre la sous-traitance, en perspective avec d’autres mouvements de grève.

  • Tiziri Kandi, ancienne étudiante à Paris 8 et animatrice syndicale à la CGT-HPE, a d’abord pris la parole pour présenter la grève, les conditions de travail des grévistes, ainsi que les enjeux plus larges de la lutte contre la sous-traitance. 
  • Rachel et Sylvie, femmes de chambre à l’hôtel Ibis Batignolles et grévistes, ont complété ce tableau, insistant sur la difficulté de leur travail mais aussi de la grève, et réaffirmant l’importance de leur lutte et leur détermination. 
  • Farid Bennaï du Front uni des immigrations et des quartiers populaires, a réinscrit cette grève dans l’histoire des luttes des travailleur·euse·s immigré·e·s ou issu·e·s de l’immigration. 
  • Marlene Carvalhosa Barbosa, permanente au syndicat SIT (Syndicat interprofessionel de travailleuses et travailleurs, basé à Genève), a raconté comment a été construite la grève féministe du 14 juin 2019 en Suisse en lien avec les travailleuses du nettoyage – journée d’une ampleur historique. 
  • Dimitri Cautain, ancien étudiant à l’université londonienne de Soas et qui a milité au sein de la campagne SOASJustice for Workers – End Outsourcing et du syndicat The Independant Workers’ Union of Great Britain qui lutte contre la sous-traitance, a parlé des luttes à Londres contre la sous-traitance au sein de l’université et du rôle des étudiant-es dans ces luttes. 
  • Alizée Delpierre, doctorante en sociologie travaillant sur le marché de la domesticité chez les classes supérieures, a mis en parallèle les conditions de travail et de mobilisation des femmes de chambre avec celles du « personnel de maison » des élites économiques, et plus largement des employées domestiques. 
  • Françoise Vergès, théoricienne féministe autrice de Un féminisme décolonial et Le ventre des femmes, a clos la conférence en affirmant la centralité du travail de ménage dans le fonctionnement des rapports de classe, de race et de genre aujourd’hui, et donc le caractère décisif des mobilisations autour de ce travail dans les luttes actuelles. 

 Enfin, nos plus vifs remerciements vont aux personnes qui sont intervenues lors du forum des luttes, et/ou qui ont tenu un stand qui a permis de récolter des fonds pour les grévistes :
– Les grévistes de Chronopost Alfortville
– Le Collectif Nos Retraites
– La Chapelle Debout et les Gilets Noirs 
– Le Collectif UNEDIC
– Femmes contre les Précarités et les discriminations
– Femmes en luttes 93
– Les grévistes de l’entreprise CPN
– La CGT Spectacle SFA
– Alerta Feminista, collectif féministe latino-américain
– Les étudiant·e·s de Paris 3
– Le Collectif Gouines Contre
– Du pain et des roses
– Sud Poste 92
– Les militant·e·s de la tendance intersyndicale Emancipation

Ce forum était un moment d’échange sur nos luttes, pour se soutenir, s’informer et commencer à construire la convergence en vue de la grève du 5.

Un merci tout particulier au collectif féministe La Rage, qui a produit un modèle d’affiche unique à l’occasion de la soirée, qui l’a sérigraphiée en direct et a reversé tous les bénéfices à la caisse de grève ! 

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