Du Chili à Paris : grève féministe contre l’extrême droite

Ce dimanche, l’extrême droite est arrivée au pouvoir au Chili. José Antonio Kast, fils de nazi et partisan de l’ancien dictateur Pinochet, a été élu président au terme d’une campagne menée sur les thèmes sécuritaires et anti-immigration. En plus de la fermeture totale des frontières chiliennes et de la chasse aux immigré·es vénézuélien·nes, il promet aussi des coupes de six milliards de dollars dans les dépenses publiques et défend le modèle de la famille catholique ultra-conservatrice : pas d’avortement même en cas de viol, ni de mariage pour les couples gays et lesbiens.

Dans un communiqué publié dimanche, nos camarades féministes chilien·nes de la Coordinadora Feminista 8M appellent à ne pas céder au découragement, et à « aller rencontrer et soutenir celles et ceux qui, depuis la précarité, le mécontentement et la peur, ont voté pour Kast ». Elles et ils mobilisent la mémoire des luttes antifascistes contre la dictature de Pinochet pour garder espoir dans l’action collective, et appellent dores et déjà à une grande grève féministe contre l’extrême droite le 8 mars prochain.

Nous avons traduit leur communiqué en français pour donner de l’écho à leurs voix, et amplifier leur appel à une grève féministe générale pour le 8 mars 2026. La grève féministe, c’est l’arrêt du travail salarié et du travail domestique, pour paralyser le système capitaliste et patriarcal par tous les bouts et pouvoir, un jour, le renverser.

Cette stratégie est revendiquée et construite depuis longtemps par les féministes de toute l’Amérique du Sud, et a mené à des mouvements sociaux massifs comme en Argentine en 2015 ou au Chili en 2019. Si ces mobilisations n’ont pas mis fin au capitalisme ni au patriarcat, elles ont arraché le droit à l’avortement, quelques améliorations des conditions de vie, elles ont créé du commun, elles ont construit des solidarités qui résistent encore aujourd’hui au capitalisme et au fascisme. La voix des camarades chilien·nes nous rappelle que même lorsque tout semble perdu, il nous faut continuer à lutter en nous organisant ensemble. Car le fascisme n’est pas une fatalité, nous pouvons résister, et construire les grèves qui nous mèneront à la révolution.

Déclaration de la Coordinadora feminista 8M : À propos de la victoire de José Antonio Kast aux élections présidentielles

L’ascension sociale de l’extrême droite au Chili s’est concrétisée aujourd’hui à travers les bulletins de vote. Les héritiers de Pinochet sont arrivés jusqu’à la Moneda* par les urnes cette fois-ci, et non par les armes. Une large part de la population leur a donné son vote.

La première tâche et la plus urgente dont doit se saisir le mouvement social et populaire est l’activation de notre force collective et la constitution d’une large coalition d’opposition autonome, capable de freiner avec détermination les attaques qui s’annoncent.

Il est important de se souvenir : les mesures que propose le futur gouvernement n’ont rien de nouveau. Entre 1973 et 1990 la dictature a gouverné en instaurant un programme de casse de l’éducation, de la santé et de la sécurité sociale, abolissant des droits des travailleur·euses, plongeant les familles les plus précaires dans la crise économique, réduisant les droits des femmes et attaquant systématiquement les droits humains.

Ce même programme conservateur et cette même stratégie du choc néolibéral se retrouvent dans ce qu’ils proposent aujourd’hui. La victoire électorale de Jose Antonio Kast est accablante (aux alentours des 58 %). Le mouvement social a donc pour mission d’aller à la rencontre et de soutenir celles et ceux qui, depuis la précarité, le mécontentement et la peur, ont voté pour Kast, car c’est contre toutes et tous que Kast dirige sa politique : travailleur·euses pauvres, habitant·es des quartiers assiégés par le narcotrafic, personnes migrantes et familles expulsées des bidonvilles et des campements.

Ce gouvernement nous a montré que ce qui fragilise le plus les élans de transformation, c’est de renoncer à défendre des vraies propositions et un programme solide, laissant ainsi le champ libre aux ennemis des travailleur·euses.

Nous traversons une période difficile. Nous savons que la frustration et la peur sont particulièrement vives pour les femmes, les enfants, les minorités sexuelles et de genre, les migrant·es, les personnes racisées et les peuples autochtones. Nous sommes de tout cœur avec chacun·e d’entre vous qui lisez ces lignes aujourd’hui.

Nous appelons à rester uni·es, à ne pas se laisser paralyser et à se souvenir que ce gouvernement n’est pas invincible. Ils ne l’ont pas été au cours de leur règne par les armes, ils le seront encore moins maintenant qu’ils doivent faire quelque chose qu’ils n’ont jamais fait jusqu’alors et qu’ils ne savent pas faire : travailler.

Une autre tâche indispensable consiste à se réapproprier notre longue histoire, en reprenant le flambeau de la lutte antifasciste brandi il y a près d’un siècle par les féministes organisées au sein du Mouvement pour l’émancipation des femmes du Chili (MEMCH). Cela inclut également la lutte pour la défense des droits humains pendant et après la dictature, dans laquelle les femmes ont joué un rôle de premier plan.

La montée de l’extrême droite ne se limite pas au Chili. Elle se manifeste aussi au Brésil, en Argentine, au Pérou, en Italie et aux États-Unis, ainsi que dans d’autres régions du monde.

Il nous appartient aujourd’hui de nous inspirer des formes de résistance que nos camarades mènent dans différents pays, afin de renforcer nos mouvements et nos liens de solidarité par-delà les frontières.

Ils ont peut-être gagné aujourd’hui, mais tant que nous serons uni·es dans notre volonté de trouver une autre issue à cette crise mondiale, nous aurons une boussole qui nous permettra de dire que nous ne sommes pas perdues.

Le 8 mars prochain, la Journée internationale des travailleuses et travailleurs et la grève générale féministe auront lieu trois jours avant l’investiture présidentielle. Nous appelons à mobiliser, au cours des mois qui arrivent, les forces nécessaires pour mener à bien un 8 mars historique et antifasciste. Nous appelons dès maintenant à faire de cette journée un moment décisif de mobilisation et de protestation à travers tout le Chili, affirmant ainsi que nous ne ferons pas un seul pas en arrière.

*Le palais présidentiel chilien.

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