Texte rédigé avec les collectif Roja et Feminist for Jina Paris.
Depuis plusieurs semaines, l’Iran subit une nouvelle escalade militaire menée par les Etats-Unis et l’entité coloniale israélienne. Les discours sur la sécurité régionale et sur le programme nucléaire iranien masquent en réalité la persistance d’une stratégie impérialiste ancienne, reposant sur des sanctions économiques, une pression militaire constante et des interventions armées.
Cette offensive ne peut être comprise de manière isolée. Elle s’inscrit dans une dynamique régionale, marquée par l’expansion de l’entité sioniste, sa normalisation par les accords d’Abraham et la volonté des puissances occidentales de maintenir leur contrôle politique, économique et stratégique sur le Moyen-Orient. De la Palestine au Liban, de l’Irak à l’Iran, la même logique est à l’oeuvre, celle d’un ordre régional impérialiste construit par la guerre, l’occupation et la domination économique occidentale.
Le 28 février 2026, cette guerre a franchi un nouveau seuil. Une frappe menée dans le cadre de l’offensive américano-israélienne a détruit, dans les premières heures de la guerre, l’école primaire de filles Shajareh Tayyebeh dans la ville de Minab, au sud de l’Iran. L’attaque a frappé l’établissement pendant les heures de classe, faisant plus de 168 mort·es, la majorité des victimes étant des écoliers et des écolières âgé·es de 7 à 12 ans.
Les bombardements ont visé la même zone deux fois à quarante minutes d’intervalle, alors que des habitant·es et des secours tentaient déjà de sortir les enfants des décombres, montrant l’intentionalité des frappes contre des civils. Les bombardements n’épargnant rien ni personne, ils ont pris pour cible des hôpitaux, des bâtiments résidentiels, des sites historiques et des équipements sportifs. Pas moins de vingt victimes, toutes joueuses de volley-ball, ont été tuées lors d’une frappe sur une salle de sport féminine.
Queslques jours plus tard, d’autres bombardements ont, entre autres, visé des installations pétrolières et industrielles à Téhéran, brûlant vifs les travailleur·euses présent·es et provoquant la propagation dans l’air d’intenses fumées toxiques qui ont contaminé l’eau et le sol. Les conséquences humaines, sanitaires et environnementales sont immenses et se feront sentir pendant des décennies.
Derrière ces attaques, qui s’inscrivent dans la continuité de l’agression impérialiste étasunienne contre le Venezuela, se trouvent des intérêts économiques et géopolitiques évidents. Le contrôle des ressources pétrolières et énergétiques, et des points de passages stratégiques pour les acheminer, est au coeur des conflits impérialistes, tant dans la région qu’à l’échelle mondiale.
Mais la guerre que subissent les peuples d’Iran ne vient pas seulement de l’intérieur. Depuis la succession de soulèvements en 2017, 2019, 2020 et le mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022, la République islamique, par l’intermédiaire des milices Basij, mène une répression brutale contre celles et ceux qui contestent son pouvoir. Non seulement elle entretient les élites contre-révolutionnaires et l’appareil militaro-sécuritaire des Gardiens de la révolution, mais elle s’échine à détruire toute possibilité d’organisation politique de la dissidence et de la jeunesse.
En janvier 2026, la répression a atteint son paroxysme lors d’un massacre sanglant visant à étouffer les grèves et les manifestations populaires. Sous le couvert du black-out numérique, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées ou blessées, et des arrestations massives ont encore augmenté le nombre de prisonnier·es politiques menacé·es de torture et d’exécution.
Les peuples d’Iran se retrouvent ainsi pris en étau entre la répression intérieure menée par le régime contre celles et ceux qui se soulèvent, la guerre économique que représentent les sanctions internationales frappant avant tout les classes populaires, et désormais la guerre militaire menée par les États-Unis et l’entité coloniale sioniste, avec l’appui de leurs alliés du Golfe et de certains pays européens, dont la France.
Contre l’impérialisme français
Le gouvernement français prétend mener une manoeuvre « purement défensive » tout en déployant « huit frégates, deux porte-hélicoptères et notre porte-avions » et en fermant les yeux sur les bombardements meurtriers sur l’Iran, où des écoles et des civils sont directement visés. Faut-il le répéter encore ? Les bombes ne libèrent jamais les peuples, elles écrasent la vie et aggravent la souffrance des populations.
Le déploiement militaire français s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large de militarisation croissante de la société française, notamment de son économie et de sa jeunesse. Il entre en contradiction flagrante avec les revendications historiques de la France, qui se présente volontiers comme une « défenseuse des droits de l’homme », alors même que ses choix politiques et militaires participent à l’escalade de la violence et à l’érosion de ces principes.
L’usage avéré de munitions de l’entreprise franco‑italienne Cheddite contre les manifestant·es en 2022 démontre une fois de plus que les armes de la répression se fabriquent aussi sur le sol français et que ceux qui défendent les droits humains contribuent systématiquement à leur violation lorsqu’il s’agit de préserver leurs intérêts économiques, leurs industries de l’armement et leurs partenaires stratégiques.
Refuser l’instrumentalisation des luttes féministes
Aujourd’hui encore, certaines puissances occidentales prétendent défendre les droits du peuple iranien, et notamment des femmes iraniennes, tout en soutenant ou en menant des bombardements meurtriers.
Ce scénario est bien connu. En 2001, l’invasion de l’Afghanistan avait déjà été présentée comme une intervention destinée à « libérer les femmes ». Vingt ans de guerre ont laissé derrière eux un pays détruit et des millions de vies brisées.
L’absurdité de ce discours apparaît clairement lorsque l’armée d’occupation israélienne célèbre pour le 8 mars ses femmes pilotes qui participent aux frappes contre l’Iran.
L’instrumentalisation des luttes féministes ne vient pas seulement des gouvernements et de leurs états-majors. Elle est aussi reprise par les groupes appelant au retour de la monarchie en Iran, soutenus en France par les médias d’extrême droite et des groupes de pression pro-israéliens, mais aussi par des courants fémonationalistes qui utilisent les droits des femmes et des personnes LGBTQI+ pour justifier l’intervention occidentale, contribuant ainsi au maintien de l’ordre impérial et des classes dominantes au pouvoir.
Transformer la participation de femmes à une guerre impérialiste en symbole d’émancipation n’a rien de féministe, c’est au contraire réduire tout leur pouvoir d’agir à un simple rouage dans la machine de guerre, c’est une propagande militariste qui cherche à donner un visage progressiste à la violence coloniale.
Pour un féminisme anti-impérialiste au cœur des empires
L’histoire récente de l’Iran est traversée par des soulèvements populaires qui n’ont jamais cessé de remettre en cause l’exploitation et l’autoritarisme. Des luttes ouvrières aux mobilisations étudiantes, des révoltes contre la vie chère aux mouvements féministes, ces résistances s’inscrivent dans une histoire longue de révolutions confisquées et de combats pour l’émancipation.
Les sanctions économiques et les interventions militaires n’agiront jamais en faveur de ces luttes. Elles aggravent la misère sociale, renforcent les régimes autoritaires et détruisent les conditions mêmes de l’organisation populaire.
Face à la guerre, nous affirmons la nécessité d’un féminisme révolutionnaire, marxiste et internationaliste qui s’oppose à toutes les formes de domination, patriarcales, capitalistes et impérialistes.
Cette solidarité ne s’arrête pas aux frontières de l’Iran. Les offensives militaires menées aujourd’hui contre l’Iran s’inscrivent dans la même stratégie régionale que l’occupation et le génocide en Palestine où les attaques répétées contre le Liban. Partout dans la région, les peuples subissent les conséquences d’un système de domination qui combine colonialisme, militarisation et exploitation des ressources.
Pour la vie, contre la guerre
Face à la destruction infligée par les bombes impérialistes et face à la répression du régime, nous affirmons notre soutien indéfectible aux luttes des peuples iraniens pour une vie meilleure, incarnées par le slogan Jin, Jiyan, Azadî (Femme, Vie, Liberté), héritage révolutionnaire des combattantes kurdes.
L’histoire des révoltes des iranien·nes montre qu’à chaque étape, les peuples iraniens ont réussi à franchir un pas vers le changement et la liberté malgré la répression féroce du régime.
Puisque que la guerre est une entreprise de destruction organisée qui affaiblit le pouvoir des peuples, il est de notre devoir, en tant que féministes, de nous y opposer par tous les moyens.
La libération des femmes et des minorités de genre ne peut être réalisée qu’en parallèle avec celle des peuples et des classes opprimées.
Agissons ici et maintenant, là où nous sommes :
- en rejoignant les initiatives concrètes de solidarité envers les peuples iraniens, kurdes, baloutches, libanais et palestiniens et en faisant front contre les guerres génocidaires et impérialistes, contre l’exploitation des populations colonisées, des travailleur·euses, des prisonnier·es et des personnes migrantes au profit de guerres et massacres ;
- en amplifiant les luttes des collectifs féministes anticapitalistes et internationalistes comme Roja et du réseau transnational autonome queer féministe intersectionnel Feminists 4 Jina ;
- en rejoignant les campagnes d’action antimilitaristes (comme la coalition Guerre à la guerre) pour lutter contre l’escalade vers la guerre et l’impérialisme dans notre propre pays. La grève est notre arme pour enrayer la chaîne de production militaire ;
Rejoignons l’appel intercollectif à une marche contre les guerres d’agression et en solidarité avec les peuples d’Iran, vendredi 13 mars à Paris au départ de Place des Fêtes à 18h30.
Contre l’agression militaire menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et pour un cessez-le-feu immédiat ;
Contre les ingérences étrangères et pour le retrait des forces françaises déployées en Méditerranée orientale, en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz ;
Contre le régime criminel de la République islamique et pour la libération de toustes les prisonnier·es politiques.
Femmes, Vie, Liberté
Contre la guerre impérialiste
Contre la répression des peuples
Pour l’autodétermination des corps et des peuples