Une nouvelle vague islamophobe d’une rare violence
Depuis quelques semaines, des attaques islamophobes particulièrement violentes saturent l’espace médiatique. Des propositions toujours plus discriminantes sont brandies comme des boucliers censés protéger les femmes et les enfants d’une supposée oppression religieuse entretenue par les hommes de leur famille.
Ainsi le 25 novembre 2025, un « rapport sur l’islamisme » rédigé par des sénateurs Les Républicains a été rendu public. Il comporte notamment dix-sept propositions visant les personnes musulmanes afin de supposément lutter contre « l’entrisme musulman ».
Parmi elles, l’interdiction du port du foulard pour les filles de moins de 16 ans, l’interdiction du jeûne pour les moins de 16 ans et l’interdiction du foulard pour les accompagnatrices scolaires et pour les élu·es durant l’exercice de leur mandat. Cette dernière mesure semble viser tout particulièrement la candidature des femmes portant le foulard aux élections municipales de mars 2026.
En parallèle, le 24 novembre 2025, le chef LR Laurent Wauquiez a déposé une proposition de loi visant à interdire « à tout parent d’imposer à sa fille mineure ou de l’autoriser à porter, dans l’espace public, une tenue destinée à dissimuler sa chevelure ». Cette proposition, présentée par Wauquiez comme relevant de la « préservation des droits de l’enfant », détourne la protection de l’enfance de son objectif réel pour en faire un instrument politique islamophobe.
L’invocation des droits des enfants utilise la même logique que l’instrumentalisation des droits des femmes : sous couvert de protection, ils servent de prétexte pour présenter les personnes musulmanes comme intrinsèquement dangereuses et légitimer des mesures islamophobes.
Les principaux médias contribuent à amplifier ces discours qui alimentent activement la montée de l’islamophobie. La récente médiatisation du sondage Ifop sur les « musulmans de France » en est l’illustration parfaite : fondé sur des biais méthodologiques et des interprétations trompeuses, ce sondage a déroulé le tapis rouge aux narratifs islamophobes et a contribué à renforcer leur légitimation publique.
Dans ce climat, deux actes islamophobes à l’encontre de lieux de culte ont été commis fin novembre en l’espace de quatre jours : à Nantua, une balle a été retrouvée dans la boîte aux lettres d’une mosquée et au Puy-en Velay, la mosquée Ar-Rahmaa été vandalisée. Ces attaques sont rendues possibles et légitimées par des propositions comme celles des Républicains.
Les femmes en première ligne face aux violences islamophobes
Cette récente vague de propositions islamophobes n’est pas nouvelle : depuis plusieurs années maintenant, les attaques sur la communauté musulmane se multiplient.
Interdiction de l’abaya dans les établissements scolaires, interdiction du port du voile par les athlètes françaises pendant les Jeux Olympiques de Paris, interdiction des burkinis… Ce sont encore et toujours les femmes musulmanes qui sont ciblées, et particulièrement celles qui portent le foulard. Dépossédées de leur liberté d’agir et de choisir, elles sont transformées en victimes soumises qu’il faudrait libérer malgré elles. Cette obsession pour le contrôle des femmes musulmanes, profondément ancrée dans la conscience collective française depuis l’époque coloniale, les déshumanise en conditionnant leurs droits à leurs vêtements et leur foi.
Cela nourrit un continuum de violences sexistes et sexuelles, mis en évidence par l’association Lallab dans son rapport « les femmes musulmanes contre les violences sexistes et sexuelles » publié en mars 2025 : insultes, difficultés d’accès à l’emploi, au logement, interdiction d’accès à certains espaces, violences médicales, fétichisation, suspicion permanente de représenter une menace, agressions physiques…
En 2023, le Collectif contre l’Islamophobie en Europe rapportait ainsi que 80% des actes islamophobes commis visaient des femmes. Un rapport publié le 4 décembre 2025 par la Défenseure des droits alerte également sur la hausse des discriminations liées à la religion et souligne que les femmes musulmanes voilées en sont les premières victimes.
Ces violences participent à isoler les femmes jusque dans les communautés musulmanes : l’association Lallab explique ainsi que « l’islamophobie est souvent instrumentalisée au sein des communautés musulmanes pour étouffer ou ignorer les violences sexistes et sexuelles que vivent les femmes musulmanes ».
Les propositions outrancières des sénateurs LR et de Wauquiez ont trouvé un écho large dans l’opinion publique, dans le champ médiatique et dans le monde politique, jusque dans les rangs du Parti communiste. Des personnalités d’habitude silencieuses sur les violences faites aux femmes et aux enfants se sont empressées de prendre la parole contre des pratiques musulmanes jugées oppressives, rétrogrades, créatrices d’un « apartheid sexuel ».
Ces prises de position stigmatisent tou·tes les musulman·es, y compris les hommes qui sont représentés comme violents, haineux, dangereux. La sociologue Hanane Karimi souligne que cet imaginaire permet d’exclure les hommes musulmans du champ de la citoyenneté, et de justifier les violences à leur encontre, notamment par la police.
Celles et ceux qui relaient cette rhétorique ne défendent pas nos droits. Ils instrumentalisent nos luttes féministes pour protéger de prétendues « valeurs républicaines et occidentales » qui servent de paravent à leur racisme. Ce qu’ils protègent, c’est la suprématie blanche.
Pour un féminisme antiraciste et révolutionnaire
Le seul « apartheid sexuel » en France aujourd’hui est celui construit par les lois liberticides et les violences sexistes islamophobes, comme le souligne le rapport de Lallab.
Nous exigeons la suppression de toutes les lois qui oppriment les femmes musulmanes : la loi de 2004 sur le port des signes religieux à l’école, le décret sur le port de l’abaya de 2023, la loi sur le port des signes religieux dans les compétitions sportives de 2025.
Notre but est de battre le fémonationalisme, l’islamophobie et le patriarcat, en construisant une lutte féministe antiraciste pour l’autodétermination de toutes et tous.