Sport et islamophobie : soutien aux sportives qui portent le voile

Texte conjoint Basket pour toutes et Féministes révolutionnaires.

Les corps des femmes musulmanes ne sont pas des champs de bataille

Le 26 mars 2025, lors d’un meeting à Paris, Bruno Retailleau affirme : « Vive le sport, et donc à bas le voile », légitimant une politique raciste et sexiste d’exclusion. Le corps des femmes musulmanes devient, une fois de plus, un champ de bataille politique.

Cette offensive s’inscrit dans une continuité historique. Dès la loi du 15 mars 2004 interdisant le port de signes religieux dits « ostensibles » dans les établissements scolaires publics, l’État français a construit un cadre juridique visant prioritairement les jeunes filles musulmanes.

Mettre fin à la loi du 15 mars 2004

Présentée comme un outil d’émancipation, la loi du 15 mars 2004 a en réalité participé à l’exclusion des jeunes filles musulmanes de l’espace scolaire, tout en légitimant un contrôle croissant de leurs corps et de leurs pratiques et causant de graves traumatismes à toute une génération d’élèves. Elle marque un tournant : la laïcité cesse d’être un principe de neutralité de l’État pour devenir un instrument de régulation des populations minorisées. 

Depuis, cette logique n’a cessé de s’étendre. En 2010, l’interdiction du voile intégral dans l’espace public, puis les multiples polémiques sur le burkini ou les accompagnatrices scolaires, ont progressivement installé un régime d’exception visant spécifiquement les femmes musulmanes, au nom d’un universalisme abstrait qui masque mal des logiques d’exclusion raciale et sociale.

Contre un règlement sportif discriminatoire

En 2022, la Fédération française de basket-ball (FFBB) a modifié son règlement pour interdire le port de tout couvre-chef en compétition, excluant de fait les joueuses portant le foulard. Cette décision a directement impacté des centaines de joueuses amateures, parfois contraintes d’abandonner leur pratique ou de quitter leur club. Elle va pourtant à l’encontre des règles internationales de la Fédération internationale de basket-ball (FIBA), qui autorisent explicitement le port du foulard.

Avant elle, les Fédérations françaises de football et de badminton avaient déjà interdit le port de signes, accessoires ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse en compétition. Aujourd’hui, plus d’une quizaine de fédérations ont intégré ces interdictions à leurs règlements.

Basket pour toutes !

C’est dans ce contexte qu’est né le collectif Basket Pour Toutes, porté par des joueuses directement concernées, des coaches et une sociologue. Le collectif documente les exclusions, accompagne les sportives et dénonce une politique qui prive des femmes d’un accès fondamental au sport.

Leur mobilisation met en lumière une réalité concrète : loin d’être abstraites, ces décisions brisent des trajectoires sportives et renforcent des inégalités déjà existantes.

Contrôler les corps, discipliner les femmes

En février 2025, le Sénat a adopté une proposition de loi visant à interdire le port de signes religieux dans l’ensemble des compétitions sportives organisées par les fédérations. Le texte prévoit également l’interdiction des prières collectives dans les installations sportives et renforce les dispositifs de contrôle des éducateur·ices, notamment par des enquêtes administratives préalables.

Dans une perspective féministe, ces politiques ne peuvent être comprises uniquement comme des débats sur la laïcité ou la neutralité. Elles participent d’un projet plus large de contrôle social des corps des femmes issues des classes populaires et racisées. En prétendant « libérer » certaines femmes malgré elles, l’État reproduit une logique paternaliste coloniale qui nie leur autonomie et leur capacité à définir elles-mêmes leurs conditions d’émancipation.

« À bas le voile » n’est rien d’autre qu’une injonction à la conformité, une volonté de contrôler les corps, de discipliner les femmes et de maintenir un ordre racial et patriarcal.

Islamophobes, hors de nos stades et de nos vies

Nous affirmons que le sport doit être un espace d’émancipation, pas d’exclusion, et refusons que la laïcité soit instrumentalisée pour stigmatiser, exclure et opprimer.

Nous exigeons la suppression de toutes les lois qui oppriment les femmes musulmanes : la loi de 2004 sur le port des signes religieux à l’école, la décret sur le port de l’abaya de 2023, la proposition de loi sur le port de signe religieux dans les compétitions sportives de 2025 ainsi que l’abrogation du réglement de la FFBB qui interdit le port de couvre-chefs

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