Il y a l’horreur, mais non la surprise. Le 4 juin, une semaine après sa disparition, le corps sans vie de L., une enfant de 11 ans, est retrouvé à Fleurance, dans le Gers. Le principal suspect mis en examen pour le meurtre de la collégienne, un homme de 41 ans, avait déjà fait l’objet de deux plaintes pour viol sur personnes mineures.
Toujours des violences structurelles, jamais des « dysfonctionnements »
Comment prétendre à un « dysfonctionnement » lorsque les chiffres implacables de l’enquête de la CIIVISE sont désormais bien connus : 160 000 enfant·es sont victimes chaque année de violences sexuelles intra-familiales, soit 3 élèves par classe de CM2. Un·e enfant·e est victime d’un viol ou d’agression sexuelle toutes les 3 minutes en France. Ces chiffres-là sont ceux des institutions : dans les faits, ils sont plus élevés encore.
Loin de signaler un fait social, l’ensemble du traitement politique réservé à ces crimes révèle une fois de plus un régime d’impunité : celui de la domination des adultes sur les enfant·es.
Que les « affaires » soient médiatisées comme celles d’Outrau, de Kaisersmertz, de Notre-Dame-de-Bétharram ou de Joël Le Scouarnec, ou qu’elles restent anonymes, toutes les démontrent systématiquement : les auteurs de violences pédocriminelles sont majoritairement des pères, des frères, des cousins, des amis ; ce sont des flics, des juges, des chirurgiens, des instituteurs, ce sont même des ministres.
Non pas des « exceptions » ni des « monstres en marge » : les auteurs de violences font partie intégrante de la société patriarcale et en sont les agents.
Les violences ont lieu partout, dans les écoles, les maisons, les hôpitaux, les commissariats, les tribunaux : ce sont des violences systémiques, des pratiques inscrites dans la norme sociale, reproduites et protégées par elle.
Les violences perpétrées sur les enfant·es ne sont pas des dérèglements du système capitaliste, raciste et patriarcal : elles en sont un rouage. Elles imprègnent chaque strate de la société et sont indispensables à la survie d’un système de production fondé sur la hiérarchisation des corps et des vies, selon la race, la classe, le genre et l’âge.
Le tabou n’a jamais été de violenter les enfant·es mais il a toujours été celui de dénoncer les agresseurs. Le silence est le bras armé de l’inceste et des violences sexuelles, inscrit et reproduit dans tous les foyers et toutes les institutions des France.
Renverser l’ordre adultiste
Lutter contre les infanticides et les violences commises sur les enfant·es et les adolescent·es ne peut pas se résumer à réagir après coup : attrendre les, très minoritaires, procès médiatisés ; prévoir les ressources pour les familles et les survivant·es ; ou bien voter une loi de plus.
Ce n’est pas suffisant, et ça ne l’a jamais été.
La lutte passe par la prévention et l’éducation ; par le soutien concret et inconditionnel aux enfant·es et aux adolescent·es, en dehors d’institutions qui les abandonnent ou les maltraites ; par la lutte contre la précarité, quand on sait que 21,9% des mineur·es vivent sous le seuil de pauvreté en France en 2026.
Les enfant·es sont la cible de récupérations politiques abjectes : est brandie à tout va leur protection pour servir des discours et agendas racistes, transphobes et réactionnaires. Et les mêmes qui usent de ces rhétoriques se dressent en défenseur·ses de l’autorité toute puissante des adultes sur les enfant·es et ordonnent des coupes budgétaires dont les victimes premières sont mineures.
Il n’y a rien à attendre d’un ministre de la justice accusé de viol et d’une machine judiciaire de classe, sexiste et raciste. Il n’y a rien à attendre d’un Etat qui viole et porte systématiquement atteinte aux droits des enfant·es à la santé et à l’éducation, et les place en détention pour des motifs liés à l’exil.
Il n’y a rien à attendre d’un Etat qui criminalise la jeunesse en envoyant la police et l’armée dans les écoles et les quartiers populaires, réprime ses manifestations de joie et ne lui offre comme seul avenir que la militarisation, l’austérité et les catastrophes climatiques.
Nous continuons de dresser les mêmes constats : la fin des violences et des dominations n’adviendra qu’avec le renversement total du système. Mais un système peut être renversé, nous l’avons déjà fait par le passé, nous le ferons à nouveau.
Mobilisons-nous partout, dans nos quartiers et nos villages, nos lieux de vie et de travail ; arrachons de nouveaux droits par l’action collective, et la grève générale féministe ; arrachons collectivement du temps et de l’espace pour nos enfant·es. Libérons-nous du joug du silence, entendons les survivant·es pour inverser les rapports de force, forçons la honte à changer de camp.
Organisons-nous pour mettre fin à leur monde. Pour que les enfant·es grandissent sans violences : faisons tomber la domination adulte par la révolution féministe et enfantiste.
Pour toutes les enfant·es et adolescent·es, victimes et survivant·es de l’ordre adultiste, pour mettre fin aux violences de la domination adulte, pour faire tomber leur système mortifère : nous appelons à rejoindre les rassemblements enfantistes qui auront lieu aujourd’hui lundi 8 juin à 19h, devant les tribunaux partout en France, et à Paris devant le ministère de la Justice, place Vendôme.