Communiqué sur la Marche des fiertés.
Cette année, notre collectif n’aura pas de cortège en propre dans la Pride de Paris. Nous n’apparaîtrons pas sur les listes d’inscription de l’Inter-LGBT, ni dans les annonces de l’octroi au milieu de la marche.
Jusqu’à maintenant, nous avons essayé de faire avec les conditions de participation à la marche des Fiertés parisienne telles qu’instituées par l’Inter-LGBT.
Ces conditions sont les suivantes : les organisations à but non lucratif sans partenaires commerciaux doivent s’acquitter, pour obtenir le droit de manifester avec un véhicule motorisé, d’un droit d’entrée qui s’élève à 150 €. Si elles souhaitent diffuser de la musique, elles doivent également payer une redevance Sacem de 128,25 €.
Outre l’aberration politique de devoir payer des frais d’inscriptions pour être autorisé·es à manifester dans de bonnes conditions, ce choix participe activement à l’invisibilisation des groupes les plus précaires au sein de nos communautés.
Bien sûr, l’Inter-LGBT a de bonnes raisons d’avoir besoin d’argent. Après la publication du mot d’ordre de la Pride parisienne 2025, « Contre l’internationale réactionnaire, queers de tous les pays unissons-nous » et l’affiche correspondante, l’Inter-LGBT a subi une tempête médiatique qui a finalement abouti à la suppression de dizaines de milliers d’euros de subventions de la part, entre autres, de la Région Île-de-France.
Après des désaccords internes qui ont abouti à dix-sept départs, l’Inter-LGBT a assimilé la leçon : cette année, l’affiche et l’appel 2025 ont été dûment supprimés de son compte Instagram, et le mot d’ordre 2026 est autrement plus consensuel : « 2027 : solidarité, diversité, LGBT+ & Allié·es ».
L’Inter-LGBT n’a pas manqué de justifier les frais d’inscription demandées aux organisations par ces pertes énormes. Pour autant, les frais étaient les mêmes l’an dernier. Les organisations inscrites et qui ne sont pas membres de l’Inter-LGBT n’ont d’ailleurs aucune visibilité sur l’utilisation de l’argent qu’elles doivent donner.
Les droits d’inscription des entreprises, eux, s’élèvent à plusieurs milliers d’euros. Ce qui n’empêche bien sûr ni L’Oréal ni Sanofi de payer, et d’avoir donc droit d’entrée dans la Pride pour laver leur linge sale en rose.
Quant à nous, payer près de 300 € (ce qui n’inclut même pas les frais habituels : location de véhicule et de matériel de sonorisation, équipement médical, peinture, tissu…) nous empêche de fait de tenir un cortège en propre à la marche des Fiertés. C’est l’accueil par l’interorga drag, composée des collectifs Contrebande antifasciste, Kings Factory, Maison chéri·e et Pensionnat queer, qui nous permet aujourd’hui de participer.
Le recul politique de l’Inter-LGBT et l’obligation de payer une redevance pour manifester dans de bonnes conditions vont de pair. À la veille de l’élection 2027, qui concentre toutes les craintes de voir le fascisme s’installer en France, confisquer la marche des Fiertés à la fois sur le plan politique et sur le plan financier est une faute irresponsable. C’est oublier ce que, pourtant, l’ensemble des communautés LGBTQI+ rappellent toujours : l’héritage de la Pride est celui d’une révolte. Encore et toujours, notre fierté, c’est la lutte.
