10 ans après le meurtre d’Adama : contre les violences policières, même combat

Adama Traoré est mort le 19 juillet 2016 à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise, après avoir été interpellé brutalement. À ce jour, aucune justice ne lui a été rendue.

Lors de la marche du 5 novembre 2016, à chacun des noms de victimes de violences policières énumérés par le comité Vérité et justice pour Adama, la foule répondait : « On oublie pas, on pardonne pas. »

Pendant les dix années qui ont suivi, la police a continué d’interpeller abusivement, de brutaliser, d’incarcérer et de tuer des jeunes hommes racisés. L’interpellation toute récente du jeune Hamza au canal Saint-Martin, après l’acharnement médiatique raciste sur ce garçon de quatorze ans qui s’amusait à arroser les passant·es au pistolet à eau, fait un sombre écho au meurtre de Nahel Merzouk, dix-sept ans, tué d’un tir à bout portant par un policier en 2023.

Pendant ces dix années, le comité Vérité et justice pour Adama a continué de se battre contre les violences policières et pour que justice soit rendue à Adama et sa famille.

Pour faire respecter l’ordre raciste, patriarcal et capitaliste, la police s’arroge le droit à la violence comme un moyen de rabaisser et d’humilier. Cette violence est notamment sexuelle. On se rappelle les sévices subis par Théo Luhaka, violé en 2017 par un policier au moyen de son bâton télescopique lors d’un contrôle d’identité. Les jeunes hommes et garçons noirs et arabes sont les premières victimes de ces violences. De même que dans la guerre, les violences sexuelles sont un outil répressif qui sert à affirmer la supériorité d’un groupe social sur un autre ; le recours au viol structure toutes les institutions judiciaires, depuis l’interpellation jusqu’à la prison.

La police, institution intrinsèquement raciste, est le bras armé des systèmes de domination, dans les quartiers populaires, dans les territoires dits d’outre-mer et aux frontières. Le mouvement féministe ne doit pas s’y tromper : elle n’est pas la solution aux violences sexistes et sexuelles. Souvent, la procédure judiciaire redouble le traumatisme, particulièrement pour les victimes de violences policières, qui subissent scrutation médiatique et harcèlement politique et judiciaire.

Ainsi, Assa Traoré, sœur d’Adama Traoré et porte-parole du comité Vérité et justice pour Adama, a déposé plainte en février contre un collaborateur parlementaire du Rassemblement national pour menaces et appels à la violence contre sa personne. Yssoufou Traoré, brutalement interpellé en 2023 lors d’une manifestation à la mémoire de son frère, a quant à lui été condamné ce jeudi à huit mois de prison sous surveillance électronique.

Pour mettre fin au traitement différencié et racialisé de la justice, il faut démanteler notre héritage colonial toujours bien présent. Les hommes racisés sont hypermasculinisés et criminalisés dès leur plus jeune âge, privés par le regard blanc de leur enfance et présentés comme une menace sexuelle pour les femmes blanches. Cet imaginaire, hérité de la période coloniale et façonné pour justifier une entreprise « civilisatrice », est aujourd’hui remobilisé par l’extrême droite, à commencer par des groupes pseudo-féministes dont la seule revendication est l’expulsion des « violeurs migrants ».

L’héritage colonial est également présent dans la « gestion » militarisée des quartiers populaires, où vivent en majorité les populations prolétaires racisées ségréguées par l’État. Ainsi, en avril, Bruno Retailleau affirmait vouloir « occup[er] le terrain » en « boucl[ant] 24h/24 » certains quartiers populaires, c’est-à-dire en y contrôlant les entrées et les sorties, quitte à utiliser pour cela « les blindés de la gendarmerie ». Les quartiers populaires sont considérés comme des colonies internes, leurs habitant·es déshumanisé·es et traité·es comme « une menace pour notre État ». Les jeunes prolétaires racisés sont présentés comme des ennemis à combattre par une surenchère de mesures de surveillance et de contrôle.

Aujourd’hui, alors qu’approchent les dix ans de la mort d’Adama Traoré, le gouvernement s’apprête à examiner une proposition de loi de présomption de légitime défense de la police. Déjà, depuis 2017, l’article L.435-1 du Code de la sécurité intérieure permettait aux policiers et aux gendarmes de faire usage de leur arme dans des conditions de légitime défense et avait multiplié par cinq le nombre de tirs mortels sur des véhicules.

Cette proposition inscrirait dans la loi l’impunité policière, qui trouve son origine dans une longue tradition de suprémacisme blanc, d’exploitation capitaliste et colonialiste et de racisme patriarcal.

Pendant ces dix années, la lutte contre les violences policières a elle aussi continué. Des solidarités se sont nouées, des collectifs ont émergé, des victoires ont été remportées : ainsi, le non-lieu prononcé pour le policier responsable de la mort de Nahel Merzouk a pu être requalifié grâce au combat acharné du comité Justice pour Nahel. La manifestation de ce samedi 4 juillet à Beaumont-sur-Oise sera une mobilisation décisive contre la proposition de loi de présomption de légitime défense et toutes celles qui renforcent l’arsenal policier de l’État : nous appelons donc à la rejoindre massivement, en hommage aux victimes, en solidarité avec toutes les familles endeuillées, survivant·es et collectifs de soutien, et pour poursuivre la lutte antiraciste.

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