Quoi qu’en dise le gouvernement, l’acte II aura bien lieu samedi.
Après des années de précarisation et de matraquage idéologique sur les intérêts des grands patrons, après des années de militarisation de la société et de zemmourisation du discours médiatique, la population dit assez. En bientôt dix ans de macronie, elle n’a rencontré face à elle que la violence et le mépris.
Et maintenant qu’elle est dans la rue, menée par sa jeunesse, on ne lui répond que par la répression et par les tentatives de division.
C’est habituel pour le gouvernement Macron, qui a déjà ignoré deux mouvements contre la vie chère : les Gilets jaunes entre 2018 et 2019 et la mobilisation contre la réforme des retraites en 2023.
Notre colère ne s’est pas éteinte. Ni les violences policières ni la répression judiciaire ne nous empêcheront d’être dans la rue, ce samedi et tant qu’il le faudra.
Se mobiliser en féministes
Les femmes, les minorités de genre et les personnes queers ont été largement ciblées par le mépris du gouvernement au cours de ces dernières années. Il s’est servi de la lutte contre les violences sexuelles comme d’une opération de communication, tout en réprimant les mouvements féministes et les lieux queers. Il a vidé de sa substance une proposition de loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles pourtant déjà pas très exigeante pour en faire un texte creux, sans possibilité d’application réelle. Il refuse de protéger les plus exposées d’entre nous : les femmes trans, racisées, migrantes ou travailleuses du sexe. Même la protection de l’enfance est délaissée et privée de moyens.
Nous avons payé le prix fort de leur inaction contre les violences sexistes et sexuelles.
L’assassinat de Lyhanna, le procès de Mazan, le suicide de Caroline Grandjean, les meurtres de Joëlla et de Noahm, le viol de Théo Luhaka. Nous avons été uni·es dans le deuil et la colère.
Mais pour le gouvernement, nos vies ne valent que ce que nous pouvons lui rapporter, comme, bien sûr, le réarmement démographique. Le vieil air nataliste est revenu début 2024 sur le devant de la scène, quand Macron nous a demandé de faire des enfants pour réarmer l’État : faisons-nous harceler, cantonner au placard, violer, tuer, mais surtout, produisons de la main-d’œuvre et des soldats.
Le projet nataliste est incompatible avec l’émancipation des femmes, des minorités de genre et de toutes les personnes queer. Il est en revanche parfaitement compatible avec les ministres accusés de viol et les anciennes grandes figures de la Manif pour tous que la macronie affectionne.
La lutte contre le projet nataliste passera par la lutte contre la vie chère. Notre enfermement dans le foyer hétérosexuel et dans la perspective de porter des enfants seulement pour les offrir au capitalisme est permis et favorisé par la précarité. Les bas salaires, les temps partiels, le cantonnement des femmes et particulièrement des femmes racisées aux métiers les plus précaires du soin (santé, ménage…) nous privent des moyens de quitter un environnement violent, d’offrir des vies libres et dignes aux générations futures.
Assez d’attendre dans de petits salons le bon vouloir du gouvernement. Notre émancipation, c’est dans la rue et nulle part ailleurs que nous la gagnerons.
Contre la division et la répression : la solidarité
Les mobilisations de samedi dernier, mais aussi les blocages des lycées des dernières semaines, ont fait peur au gouvernement. Maintenant, il essaie de nous faire peur en retour, par la répression et par la division.
Ces derniers jours, nous avons entendu beaucoup de récits de vitrines saccagées et de magasins pillés. Bien sûr, ces dommages peuvent émouvoir. Mais nous avons constaté aussi que le soutien au mouvement n’a pas disparu.
Ce qui s’est exprimé samedi, c’est la colère d’un peuple asphyxié par une décennie de politiques ultra-libérales. Les gens ont volé de la nourriture pour s’en servir ou pour la redistribuer, et des produits de luxe pour les revendre. Peut-être que notre gouvernement doit s’apercevoir qu’un cran a été passé dans la colère.
Quand nous nous rendons compte, collectivement, que les violences infligées par le gouvernement à nos vies sont plus graves que celles qui sont infligées à des boutiques, nous sommes capables de faire bloc contre les tentatives de division. C’est en restant uni·es que nous arracherons la victoire.
Nous devons faire bloc de la même manière contre la répression : soutenir les manifestant·es poursuivi·es ; mettre en place des liens de solidarité entre les différentes composantes du mouvement, qui nous permettront non seulement d’échanger des savoir-faire mais aussi d’élaborer politiquement ensemble ; et, surtout, ne pas nous laisser abattre par la peur.
Déjà, dans la rue, pour combattre la peur bien réelle de la répression, les manifestant·es échangent des ressources, offrent des masques, du sérum phy ou des conseils légaux. C’est par cette solidarité que nous construisons notre force.
La grève !
Nous ne nous laisserons ni diviser, ni terroriser, et nous serons là samedi. Nous serons là aussi après : à partir du 5 novembre, l’intersyndicale appelle à la grève générale reconductible.
La grève ne remplace pas les modes d’action qui ont déjà été utilisés, elle s’y ajoute et leur offre du soutien. Non seulement elle établit un rapport de force en paralysant le pays et en privant les grands patrons de leurs profits, mais elle nous dégage aussi du temps : pour nous rencontrer, échanger, nous organiser, répartir autrement la charge du travail domestique, enfin inventer déjà la société qu’on veut voir advenir.
Les femmes jouent un rôle crucial dans la grève générale en se mobilisant dans les secteurs indispensables au bon fonctionnement du pays, où elles sont massivement présentes et si peu considérées.
Le 5 novembre approche : dès maintenant, préparons la grève, organisons-nous avec nos proches et sur nos lieux de travail ou d’étude, renseignons-nous auprès de nos syndicats, prévoyons des actions ou des assemblées. Et, ensemble, faisons du 5 novembre un jour qu’on n’oubliera pas.
Patron, patrie, patriarcat : même racine, même combat
Soyons partout, dans les rues, devant les tribunaux et les commissariats, sur les blocus, dans les AG et sur les piquets de grève, contre les politiques d’austérité mais aussi contre la montée de l’extrême droite.
Ce samedi 24 octobre, en parallèle des mobilisations sociales massives qui s’annoncent, se tiendra le meeting du Rassemblement national à Orléans : à l’ère de la diffusion de ses idéologies nauséabondes, de la banalisation de l’islamophobie et des chasses aux migrant·es, alors que les militant·es antifascistes font l’objet d’une traque judiciaire et que des groupuscules néonazis paradent fièrement dans les rues sans être inquiétés : soyons nombreux·ses pour combattre l’extrême droite !
Les luttes féministes, contre l’extrême droite et contre les politiques de casse sociale vont main dans la main.
Samedi 24 et 31 octobre, jeudi 5 novembre, après et tant qu’il le faudra : même si Macron ne le veut pas, on sera là !
