Une fois de plus, nous comptons nos mort·es
Caroline Grandjean, une femme lesbienne, s’est suicidée après des années de harcèlement lesbophobes sur son lieu de travail ; Joëlla, une femme trans, a été battue à mort ; Noahm, un jeune pédé de 19 ans, est lui aussi mort après avoir été tabassé.
Année après année, manif après manif, communiqué après communiqué, nous faisons le même constat effarant, à ceci près que les violences LGBTQIphobes ne font qu’empirer.
À mesure que le fascisme se rapproche, nous avons à combattre des attaques de plus en plus agressives de la part d’un arc toujours plus large du paysage politique. En 2013, les conservateurs combattaient l’ouverture du mariage aux couples homosexuels. Aujourd’hui, la Commission européenne renonce à interdire les thérapies de conversion.
Dès qu’ils arrivent au pouvoir, les gouvernements d’extrême droite s’en prennent ouvertement aux droits des personnes LGBTQI+, à l’image d’Orbán, ancien Premier ministre de Hongrie, et de Meloni, actuelle présidente du Conseil des ministres d’Italie : Orbán en interdisant la Pride sous prétexte de protéger les enfants et Meloni en essayant de supprimer la reconnaissance de la maternité en cas de PMA dans un couple lesbien. En Russie, Poutine, grand soutien de l’extrême droite internationale, réprime, enferme et assassine les personnes queer, assimilées à des terroristes. L’extrême droite est une menace pour nous et pour tou·tes, à l’internationale aussi bien qu’en France.
La France connaît elle aussi des attaques. Depuis 2026, saisir le tribunal judiciaire est payant, et la demande de changement de sexe à l’état civil l’est donc également.
De plus, selon la proposition de loi du député Charles Rodwell, les personnes ayant un acte de naissance étranger n’auraient plus le droit de changer de prénom, et ce droit serait réduit pour les personnes visées par certaines procédures pénales. Le changement de prénom est de nouveau considéré comme une manœuvre de dissimulation potentiellement criminelle : cet imaginaire raciste et transphobe constitue une menace directe pour la sécurité des personnes racisées et des personnes trans.
Malgré les mobilisations qui reviennent année après année, le droit à la PMA est toujours limité pour les lesbiennes, notamment pour les femmes noires qui doivent attendre plus longtemps que les femmes blanches pour recevoir un don. Elle reste en outre interdite aux hommes trans.
Pas de Pride sans soutien aux peuples opprimés
Pourtant, chaque année, le libéralisme se réveille en juin pour arborer un rainbow flag et prétendre rendre visibles nos identités à coups de logos d’entreprises et des goodies arc-en-ciel. Et encore : à mesure que l’extrême droite progresse et que le fascisme approche, la récupération s’amenuise. Faire du profit sur notre dos, oui ; prendre des risques financiers et prendre part à la lutte, non. Qu’attendre d’autre ?
Derrière le pinkwashing, la machine capitaliste et impérialiste broie nos droits. Aux États-Unis, les personnes LGBTQI+ sont de plus en plus menacées. La transphobie d’État interdit désormais aux mineur·es de transitionner, et le climat de violence LGBTQIphobe force de nombreuses personnes queer à s’exiler. Depuis l’arrivée de l’extrême droite à la Maison blanche, le nombre de suicides de personnes LGBTQI+ a doublé.
L’État d’Israël, lui, utilise le pinkwashing pour se positionner en « avant-poste occidental au Moyen-Orient », notion intrinsèquement colonialiste, et en grand défenseur des personnes LGBTQI+. Son entreprise de propagande va jusqu’à l’organisation d’une Pride à Tel Aviv pendant que se poursuit le génocide en Palestine et que son armée impérialiste rase le sud du Liban ; le tout avec des armes achetées à la France.
Pendant ce temps, ces tenants des Lumières occidentales s’empressent de dénoncer la répression des personnes LGBTQI+ au Sénégal, où pourtant la criminalisation a été importée par les États coloniaux européens.
Encore et toujours, nous refusons que nos fiertés servent de prétexte à une entreprise coloniale et à un génocide. Notre solidarité est sans frontières, de la Palestine au Soudan, de l’Ukraine au Liban, du Congo au Rojava et de l’Iran au Sahara occidental.
L’extrême droite menace nos vies, soyons une menace pour l’extrême droite
Grâce aux mobilisations des féministes contre l’intrusion des organisations d’extrême droite dans nos manifestations depuis deux ans, le groupuscule Éros n’a une nouvelle fois pas droit de cité dans la Pride.
Némésis et Nous vivrons n’ont pas défilé le 8 mars, les nazis n’ont pas défilé le 9 mai, Éros ne défilera pas le 27 juin.
Pour autant, cette année marque un recul important dans l’organisation de la Marche des Fiertés par l’InterLGBT. On accorde de nouveau une place majeure aux entreprises ; le FLAG, association LGBT des ministères de l’Intérieur et de la Justice, défile devant les collectifs militants. Nous refusons de céder la Pride à ces tentatives de pinkwashing.
Le capitalisme ne nous sauvera pas, et l’institution policière, qui maltraite, qui violente et qui tue, n’est pas notre alliée.
Nous serons donc présent·es à la Pride pour réoccuper la rue et remettre les revendications politiques au centre de nos fiertés : dans les paillettes et dans la fête, mais toujours aussi dans la fureur et dans la lutte.
Tant qu’il le faudra, féministes et révolutionnaires !
Revendications
Nous voulons une PMA pour tou·tes sans racisme et sans transphobie et les moyens associés.
Nous voulons l’autodétermination de nos parcours de transition, leur remboursement intégral et le changement à l’état civil sans restriction administrative ni judiciaire et sans psychiatrisation.
Nous voulons des investissements dans la prévention des violences sur les enfants en milieu scolaire, sportif et familial.
Nous voulons l’augmentation de tous les revenus, et la suppression de la réforme des retraites.
Ces revendications spécifiques aux personnes LGBTI doivent s’articuler avec la lutte auprès de tou·tes les opprimé·es.
Nous voulons la fin de l’islamophobie d’État, qui isole, violente et tue les personnes musulmanes.
Nous voulons la fin des lois racistes et xénophobes qui précarisent et mettent en danger les personnes racisé·es et les migrant·es : ouverture des frontières sans condition.
Nous voulons la fin de la complicité de la France dans les guerres impérialistes et génocidaires.
Nous voulons la Palestine libre de la mer au Jourdain.
