Nous ne voulons pas d’une énième loi : nous voulons la fin des violences sexistes et sexuelles

Appel à cortège pour la manifestation du 4 juillet, 15h. Rendez-vous place de la Bastille, à l’angle de la Rue de Charenton

La mort de Lyhanna Rameau Bernard a provoqué une onde de choc nationale. Ce drame, loin d’être un fait isolé, est le symptôme de la négligence systématique de l’État face aux alertes de violences pédocriminelles, sexistes et sexuelles.

Violences économiques = violences sexuelles = violences racistes

Lorsque les politiques économiques reposent sur des coupes budgétaires, la destruction des services publics et l’insuffisance chronique des dispositifs de prévention et de protection, les violences sont inévitables.

La mort de Lyhanna est une illustration dramatique de l’adultisme de la société, c’est-à-dire de la domination des enfants par les adultes, de l’autorité absolue qu’exercent les adultes sur la vie et les corps des enfants. Cette domination rend possible les violences sexuelles et l’inceste.

Pour finir, ce drame montre, en creux, la violence d’un État raciste qui prive les enfants non-blancs de leur droit à l’enfance. Cet État qui n’a pas su protéger Lyhanna, c’est le même qui a assassiné Nahel le 27 juin 2023. C’est aussi lui qui criminalise les enfants des quartiers populaires comme le jeune Hamza qui, pour supporter l’air irrespirable pendant la période de canicule, a fait du canal Saint-Martin un terrain de jeu. Cela lui a valu d’être pointé du doigt par toute la droite et l’extrême droite, accusé de « semer la terreur », et même de finir en garde à vue.

La répression ne protège pas les enfants

Suite à la mort de Lyhanna, les déclarations du gouvernement appelant à durcir les sanctions pour les criminels sexuels se sont succédé. Loin de constituer une nouveauté, cela s’inscrit dans la continuité des politiques mises en place par l’État depuis #MeToo : allongement des peines encourues, création de nouvelles infractions, multiplication des circonstances aggravantes, durcissement des procédures, surveillance accrue des jeunes hommes noirs et arabes. Pourtant, toutes les données disponibles montrent que ces politiques n’ont pas fait reculer les violences, puisque le nombre de signalements pour agressions et viols continuent d’augmenter chaque année. La menace de la sanction ne dissuade pas les auteurs de violence.

Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas d’une énième loi qui prévoit la création de nouveaux délits et la promesse de nouvelles punitions. Il faut s’attaquer aux facteurs fondamentaux qui rendent les violences possibles : la précarité économique, les inégalités salariales, l’assignation des femmes à la sphère domestique, le racisme, l’adultisme, le validisme. Pour l’instant, la proposition de loi-cadre intégrale ne permet pas de répondre à cet objectif. La grande majorité des 140 propositions qu’elle contient relève directement de la sphère pénale et répressive.

Les violences sont au cœur du système : c’est le système qu’il faut abattre !

C’est tout un système économique, politique et social, enraciné dans nos vies et nos manières de penser, qui doit être combattu. C’est pourquoi nous défendons comme mesures immédiates des investissements massifs dans les services publics, en particulier l’éducation et la santé. Éduquer aux questions de genre, au consentement et à la sexualité, tout au long de la vie, constitue un enjeu central pour garantir l’autonomie de chacun·e et éradiquer la culture du viol et de l’inceste. Nous nous mobilisons également pour que les associations, comme le Planning Familial, disposent de moyens à la hauteur de leurs missions en matière d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle et de prévention des violences.

Ces efforts resteront toutefois insuffisants tant que la précarité économique empêchera des personnes exposées de quitter un foyer violent sous peine de se retrouver à la rue. La dépendance économique des femmes vis-à-vis des hommes favorise l’escalade des violences pouvant aller jusqu’au féminicide et à l’infanticide. C’est pourquoi nous appelons à une hausse générale des revenus, à la garantie effective de l’accès au logement, et à la suppression des réformes anti-sociales qui fragilisent les protections collectives (retraite, chômage, etc.).

Une société véritablement libre des violences n’est pas celle qui durcit sans fin son appareil pénal, mais celle qui agit en amont, en garantissant à chacune et chacun les conditions matérielles, sociales et politiques d’une vie digne, autonome et à l’abri des dominations.

Le mouvement contre les violences sexistes et sexuelles ne doit pas avoir pour seul horizon une loi punitive. Au contraire, nous devons nous organiser pour penser ensemble l’horizon de la disparition totale des violences. C’est dans ce but que nous serons présent·es à la manifestation ce samedi : imposer par en bas un autre projet de société.

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